Une visite dans le couloir de la mort - lifespark - movement against the death penalty

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Une visite dans le couloir de la mort

being a pen pal

Raiford, Floride, 2005

6.15. Il fait encore sombre, mais déjà chaud. Nous parquons derrière les quatre autres voitures qui attendent, le long de la route, l'ouverture du parking.

7.00 La barrière est levée, nous entrons. Dans le même ordre que celui de l'arrivée, nous nous rendons vers le bâtiment administratif. Il y a là les habituées (quelques hommes sont aussi là, mais la majorité sont des femmes), celles qui viennent toutes les semaines. On s'échange quelques mots, comment était ta semaine, a-t-il des nouvelles d'une réouverture de procès, comment va ton travail...et il y a les bleus, comme nous, avides de renseignements. Un à un nous entrons dans le bâtiment administratif, comme nous sommes un couple, et de surcroît nouveaux, nous pouvons entrer les deux. Derrière une vitre, une jeune femme nous fait signe de prendre le téléphone qui est au mur. Veuillez remplir les formulaires qui sont sur la table, séance de photo et de prise d'empreintes digitales. On nous délivre alors un petit carton, avec notre numéro d'identification, qui servira lors d'une prochaine visite. Nous ressortons, profitons d'aller prendre un café à la station service qui est dans les environs.

8.30 Retour dans le bâtiment administratif. On nous donne une feuille sur laquelle il y a la photo de Bill, avec nom et numéro de détenu, et une photo de chacun de nous. On passe une grille, et nous voilà dans une salle, où il y a la queue pour attendre la fouille. Les hommes et les femmes sont séparés, une à une nous sommes appelées. La fouille comprend aussi un inventaire de ce que nous portons, bijoux, lunettes, argent et une inspection de la plante des pieds...

Une grille s'ouvre devant nous, et une nouvelle inspection. Notre feuille d'identification est contrôlée, notre carte d'identité est confisquée et nous recevons un badge de visiteur. On nous indique le chemin à prendre. Une grille plus tard, nous voilà dans le long couloir de fils de fer barbelés qui longe la prison (nous sommes en Floride, donc vu le climat, tout est plus ou moins en plein air), une nouvelle grille, toujours pas plus de 5 personnes à la fois qui passent, une salle et nous voilà dans la salle de réception. Nous sommes identifiés grâce à la fameuse feuille et nous voilà à une table qui nous est réservée.

9.00 Bill arrive, après s'être lui aussi fait contrôler, il peut venir vers nous. C'est comme si nous l'avions toujours connu, nous pouvons le serrer dans nos bras. C'est un moment magique. Nous nous installons autour de cette table qui possède quatre de tabourets. Tout est visé au sol. Au fond de la pièce, il y a des distributeurs de boissons, plus loin des distributeurs de chips, et un guichet, où derrière une grille se tient un garde à qui on peut acheter des pizzas, hamburgers ou glaces. Il y a aussi des micro-ondes pour réchauffer tout ces repas, car le jour de la visite, les détenus ne sont pas nourris. Bill a pris une pizza et une glace, nous essayons de manger un hamburger, mais cela ne passe pas, pourtant Bill nous assure que c'est le meilleur repas qu'il a eu depuis des mois. Les gardes sont assez discrets, nous pouvons bavarder à notre aise. Nous pouvons même nous faire photographier les trois, et Bill gardera une des photos pour lui.

Bill nous explique la raison de son incarcération et de la sentence. Il espère une réouverture de son procès, mais se demande si une vie en prison est vraiment mieux qu'une mort programmée. Dans la Sud, la population trouve qu'il faut punir les criminels, il n'y a pas de place pour une rédemption. Les politiciens ne sont donc pas prêts à changer la loi qui autorise la peine de mort. L'accès aux médicaments est restreint, la nourriture de mauvaise qualité, les quantités juste assez pour survivre. Pourquoi garder en vie des gens qui ne rapportent rien, mais il ne faut pas qu'ils meurent avant que l'on ne l'autorise.

La visite dure de 9 à 15 hrs, avec au milieu un comptage des détenus. Bill a beaucoup de choses à nous raconter, le temps passe très vite. Il remercie pour l'Express, qu'il reçoit mercredi, mais qu'il garde jusqu'au samedi avant de l'ouvrir. Il peut discuter avec d'autres détenus à travers les grilles de sa cellule. Depuis qu'il connaît l'existence de Dieter, qui lui passe son Spiegel, il a demandé à être transféré plus près de lui. Il pense déjà à une visite promise par un ami, au mois de novembre.

15.00 La visite de termine. C'est le coeur gros, avec beaucoup de tristesse mais aussi de reconnaissance d'avoir enfin pu faire sa connaissance, que nous quittons Bill. Nous ne faisons pas de promesses de revenir, même si nous espérons le faire, il ne faut pas laisser les émotions prendre le dessus. Après le passage de toutes les grilles, nous voilà, nous, libre.

Depuis nous avons reçu une lettre de Bill, qui nous remercie de tout coeur pour la visite. Il a aussi écrit à des amis, pour la leur raconter, en espérant que de savoir que des amis étaient venus de Suisse pour le voir, des amis plus proches se sentent appelés.

Gisèle Francey, 2005

 
 
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