Lettre à mon ami Roberto - lifespark - movement against the death penalty

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Lettre à mon ami Roberto

being a pen pal

(Exécuté aujourd'hui 22 mars 2006, au Texas)

J'ai entre les mains la dernière lettre que je recevrai de toi.

Le 22 mars, aujourd'hui, tu dois passer sur la table où tu recevras l'injection létale. Et, paraît-il, "justice sera faite" ! Justice ?

Je n'ai pas le moyen de t'envoyer une lettre de plus, comme je le fais depuis six ans. Mon courrier postal n'arriverait pas à temps.

Je choisis cette lettre ouverte au monde pour prendre congé de toi.

C'est à la suite d'une conférence du mouvement Lifespark contre la peine de mort que j'ai pris connaissance des cruelles injustices qui se passent dans les prisons texanes. Ce sont ces incroyables condamnations à mort qui m'ont révoltée et c'est cela qui a motivé et donné naissance à notre correspondance.

Depuis plusieurs années nous échangeons des lettres. J'ai toutes tes missives. Nous correspondons en espagnol, qui est la langue de tes grands parents, car tu es d'origine mexicaine mais né au Texas. Ton espagnol est américanisé, ce qui donne un résultat assez drôle, mais j'arrive à te comprendre en lisant à haute voix... Ca ne nous a pas empêché de correspondre depuis six longues années !

Petit à petit j'ai appris à te connaître. Dans tes lettres tu m'as raconté peu à peu ta vie, avec pudeur et discrétion. Dignement tu m'as expliqué la misère, la promiscuité dans laquelle tu as grandi. J'ai su qu'entre seize et dix-neuf ans tu as eu trois enfants! : une fille et deux garçons.

Tu me parles d'eux avec amour et tristesse.

L'année de tes dix-neuf ans a été celle de ton procès où l'on t'a accusé du meurtre de la petite fille de ton amie. Tu m'as décrit ton procès expédié en quelques heures, ainsi que l'enchaînement dément de l'acte d'accusation avec des témoins inconnus qui t'accablaient et finalement ta condamnation à mort.

Depuis six ans tu es dans les couloirs de la mort et tu attends...

Tu attends le résultat des procédures de recours intentées et toutes systématiquement refusées, l'une après l'autre. Il faut en effet beaucoup de dollars pour que la justice américaine rouvre un procès et fasse machine arrière. Et ta famille est pauvre, et toi tu n'es qu'un pauvre "chicano"...

Tu viens de m'aviser que le 22 mars, tu seras exécuté.

Tu me dis que tu as peur, mais moins que tu ne le craignais.

Tu me dis ton affection pour moi, tes remerciements pour notre relation épistolaire et pour les quelques dollars que je t'ai envoyés (qui te permettaient de m'écrire et d'acheter du savon !).

Tu me dis "que le petit Jésus" t'aidera, que tu crois en lui, et surtout, que tu lui recommandes tes enfants.

Tu me dis encore que "peut-être il obtiendra pour toi une remise de peine"... Et qu'en définitive c'est ton Petit Dieu, ton Diosito, qui décidera !

Tu m'envoies une dernière photo "pour que je me souvienne" !

Roberto, je n'ai pas besoin de photo pour penser à toi ! Tu es entré dans ma vie et tu as pris une place immense. Je ne porte pas de jugement. Tu te dis innocent et je te crois. Le ton de tes lettres, les commentaires sur la vie, sur le monde, ta générosité m'ont plus d'une fois émue et moi, qui pourrais être ta grand-mère (j'ai 50 ans de plus que toi ), j'ai beaucoup appris de toi !

Ce 22 mars, à l'heure de ton exécution sois certain qu'une fois de plus je serai à tes côtés, près de toi, mon jeune et lointain ami Roberto Salazar.

Ton souvenir sera lourd, mais enrichissant.

Ici, nous continuerons notre lutte contre la peine de mort.

A toi, à jamais, Janine.

Genève 22 mars 2006
Janine Cerri

 
 
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